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Editorial n°281 – Juin 2019

Modernité, innovation : vraiment ?

La modernité est-elle toujours un objectif destiné à réaliser la progression du bien commun ?  Il ne s’agit pas d’un sujet de philosophie du BAC mais d’une question légitime qui se pose régulièrement à qui s’intéresse à l’évolution du monde du travail.

Voici une quinzaine d’années, apparaissaient les premières caisses automatiques dans certains hypermarchés, dont les dirigeants se défendaient, la main sur le cœur, de vouloir supprimer des emplois d’hôtesses de caisse.

Une étude réalisée récemment par « France Stratégie », institution rattachée au Premier Ministre, démontre que la baisse du nombre d’emploi de caissier(e)s est « de l’ordre de 10% en dix ans ». Par ailleurs, l’arrivée des caisses automatiques a complexifié l’accueil, accéléré le rythme de travail et augmenté le stress lié à ces nouvelles conditions de travail.

Prochaine étape ? Simple : le magasin sans aucun personnel ! Ce type de projet est en développement aux Etats Unis d’Amérique et déjà en expérimentation en France.

Autre manifestation d’une prétendue « modernité » : le travail des préparateurs de commande dans les entrepôts des enseignes où l’on commande n’importe quoi, n’importe quand… Un travail de robot qui évoque le film de Chaplin « Les Temps Modernes » : une activité pilotée par un logiciel qui enregistre le moindre mouvement et signale tout ralentissement ou perte de rythme. Il semblerait même qu’un algorithme (un ensemble de programmes informatiques) soit capable de déclencher des avertissements, voire un licenciement assisté par ordinateur ? Moderne, on vous dit !

Ainsi, le progrès technique dont nous pouvions imaginer (naïvement ?) qu’il améliore nos conditions de vie et de travail aboutit finalement trop souvent à transformer l’humain en esclave… Chacun peut faire ce constat, à condition de s’intéresser un peu à ce qui l’entoure mais comment agir ?

Pas de solution miracle ni de leçon de morale dans ces lignes mais simplement une proposition : penser avant de consommer… On ne s’interroge plus sur la pertinence de ne plus acheter de fraises en hiver… Pourquoi ne pas prolonger ce principe en s’interrogeant avant de trouver « pratique » un dispositif présenté comme « moderne » ?

Une caisse automatique, un magasin sans personnel, une livraison à J+1, faire ses courses la nuit et le dimanche  ou utiliser des services « ubérisés » réduisant à l’esclavage des auto-entrepreneurs : ces prétendues « innovations » cachent une terrible réalité sociale qui doit nous apparaître clairement et freiner nos envies d’y céder sans conscience…

En choisissant en pleine connaissance comment consommer, le citoyen n’aurait-il pas autant (plus ?) de pouvoir que face à un bulletin de vote pour freiner la dégradation du monde du travail ?

Et si on y pensait plus souvent ?

Olivier CLARHAUT
Secrétaire Général